7 septembre 2012

Casmance, I-Yo! ("Merci")



Après deux mois en France, on revient fin août se poser dans cette Casamance tranquille.... contents de retrouver notre chez nous, même s'il est tout petit, le calme, l'eau, le Sénégal! Et de même qu'on était rentré, on emprunte tous les moyens de transports, train, avion, ferry (Aline Sitoe Diatta), taxi brousse, pirogue. 
Le Sénégal est bien vert en cette saison des pluies. A Dakar, il pleut énormément. Les maisons et les rues sont inondées. En Casamance, on ne se plaint pas. Le riz pousse et cette année, peut-être, personne n'en manquera. Tous y travaillent, les hommes bêchent, les femmes repiquent.







Nous retrouvons Touva dans son petit bolon et Ambroise, son ange-gardien. Malheureusement, nous n'avons plus beaucoup de temps au Sénégal car notre passavant de 6 mois va bientôt expirer. Nous devons vite aller caréner sur une plage à côté pour remonter ensuite sur Dakar et partir vers le Cap Vert.
Le moteur démarre, mais même avec le courant, nous n'avançons pas plus vite que la brindille dans l'eau...L'hélice du moteur est pleine d'huîtres! Nous gagnons tout de même la plage, où, sur béquilles, nous pouvons gratter la coque et l'hélice. C'est la saison des amours des martins pêcheurs alcyon pie et des hirondelles. Nous en avons en permanence sur le bateau, en haut du mât, sur les écoutes ou les filières.

A cette époque, les vents peuvent parfois venir du Sud. Nous profitons d'une telle fenêtre pour remonter vers Dakar. Les vents sont plutôt faibles, mais c'est toujours mieux que de faire du près!
A Dakar, nous récupérons une nouvelle chaîne chez Bernabé. Vigouroux, le constructeur de notre chaîne cassée en Guinée Bissau pour cause de vice de fabrication  nous en offre une autre auprès de son distributeur. Nous refaisons le plein de gaz, gazoil, eau, avitaillement... Et puis le 7 septembre, la veille de la fin de notre passavant, il faut bien quitter les eaux sénégalaises.
La baie de Han est derrière nous, nous venons de passer l'île de Gorée, et le ciel s'assombrit, de plus en plus sombre. Les pirogues filent à la côte. Et l'orage éclate. On ne voit plus rien du tout. Un bateau de pêche fait route près de nous. Il est là, disparaît, réapparaît sous les grains et les alcalmies. Les éclairs et coups de tonnerre sont quasi simultanés. La force de ces sons sont très impressionnants. On se sent vraiment tout petit. Mais étonnamment, cet orage passe sans vents forts.



Le reste de la navigation se passe bien, avec encore des vents assez faibles ou nuls, mais assez favorables.
Nous pêchons une dorade coryphène énorme. Qu'à cela ne tienne, nous nous lançons dans nos premières conserves, et ça marche ! Six bocaux, 5 heures de cocotte minute, il fait chaud dans le bateau, mais c'est quand même valable !















Les poissons volants se font de plus en plus nombreux. Ils sont gros et volent sur plusieurs dizaines de mètres avant de replonger dans une vague.


* Voir aussi pdf à télécharger "notes de navigation au Sénégal de Touva" et les traces dans la page "notes et traces"

6 juin 2012

Guinée Bissau - Bijagos

Casamance - Cacheu (Notes et trace ICI)
Sur notre départ pour la Guinée Bissau, la passe à la sortie de la Casamance est difficile dans les bancs de sable. Un vraquier est échoué au niveau du balisage, il attend la marée pour tenter de repartir. Nous ne sommes pas les seuls à avoir touché, encore une fois...
Et puis passé ce labyrinthe, le large, l'horizon, les vagues. Après le calme des bolons où on se laisse volontiers glisser au rythme de la vie locale, c'est un plaisir de sentir le bateau revivre dans les grandes eaux, même si les fonds restent faibles et que la mer n'est pas encore turquoise,
Un arrêt à Cabo Roxo à la frontière, puis on traverse une zone de bancs de sable déferlants  pour rejoindre Cacheu. Les traces de navigation d'autres bateaux récupérées à Dakar sont précieuses, et le seront encore davantage pour nous rendre aux Bijagos, zone de navigation réputée difficile : récifs, courants jusque 7 nœuds, fort marnages, zone en partie cartographiée, mais pas totalement.

La Guinée Bissau a connu un nouveau coup d'état le 12 avril 2012. Avant notre départ, la junte militaire est en négociation avec la Cédéao, un pas en avant, un pas en arrière, mais la Cédéao semble préférer la discussion à la force. Lors du coup d'Etat, les militaires ont arrêté le président par intérim Raimundo Pereira et le premier ministre Carlos Gomes Junior, candidat favori aux élections présidentielles prévues le 29 avril 2012. Ils ont assiégé le PAIGC (parti Africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap Vert), parti majoritaire depuis son développement par Amilcar Cabral dans les années 50, qui mena le combat pour l'indépendance du pays, obtenue en 1974 après 10 ans de luttes sanglantes contre les portugais et avec l'aide des sympathisants marxistes. Ils dénoncent notamment la présence de militaires angolais en Guinée-Bissau, dont la venue avait été sollicitée par le gourvernement en place, afin d'affaiblir le trop fort pouvoir de l'armée de Guinée-Bissau. Le général Antonio Indjaï, chef d'état-major de l'armée de Guinée Bissau et chef de la junte semble accepter toutes les sanctions de la Cédéao, hormis le retour du président Pereira.
La Guinée-Bissau est depuis son indépendance un terrain politique mouvant, sans cesse destabilisée par les coups d'état, allant jusqu'à l'assassinat de ses chefs d'états et de l'armée. Pays figurant parmi les 10 plus pauvres de la planète, il est aussi devenu une plaque tournante du trafic de drogue acheminée depuis l'Amérique du Sud vers l'Europe. Le niveau de vie du pays nous a bien freiné pour sortir l'appareil photo, et ce passage du blog sera donc un peu pauvre en images.

C'est dans ce contexte que nous nous rendons à Cacheu pour faire notre entrée à la police, aux douanes, à l'immigration. Chacun des bâtiments que nous visitons pour ces formalités est délabré. Les rares informations nautiques que nous avions pu trouver (le Steeve Jones et un petit guide de Galapiat en ligne) informaient que les autorités sont une rencontre des moins sympathiques et des plus couteuses. Apparemment nous nous en sortons pas trop mal avec 20 000 FCFA en tout pour un mois et demi, entrée et sortie.
On essaie de se débrouiller avec un peu d'espagnol. Ici on parle criolou, un portugais créole qui chante. En tous cas, les quelques petits mots en portugais facilite sûrement le contact. A Cacheu, on peut facilement trouver un interprète avec les sénégalais qui se sont installés ici.

On est tout près du Sénégal, le paysage est encore de mangrove, mais les faciès, les rapports, les tenues, la musique changent. Les femmes portent la jupe bien plus courte que les sénégalaises qui portent le pagne au-dessous de la cheville. Les enfants se baignent depuis la jetée, garçons et filles. L'architecture coloniale en ruine de cette ancienne capitale de la Guinée-Bissau donne un aspect un peu hors du temps à cette petite ville au bord du fleuve Cacheu. A notre arrivée le 2 mai, c'est la fête qui dure après le 1er mai. Mais RFI nous offre le débat Sarkozy-Hollande en direct...

Rio Bolor - Jeta
Nous quittons Cacheu avec la marée, jusque Rio Bolor à la sortie du fleuve. Des enfants en pirogue nous accostent et nous les remorquons jusqu'à leur village dans le fond du bolon. Pendant toute la soirée, et dès le matin, tôt, nous avons en permanence une, deux, trois pirogues contre le bateau avec une vingtaine de têtes de petits martiens qui hallucinent sur le voilier, tout ce qui est en métal, le panneau solaire, ils observent chaque détail, ce que l'on fait. Difficile de prendre sa douche. Alors, nous leur promettons de descendre au village. Celui-ci est très beau et très propre, de grandes cases, de banco (terre et paille) et toits de chaume. On rencontre une vieille dame qui tresse la paille en pagne végétal et bijoux pour tout habit. Ici, tout est fait de ce que la nature leur procure. Nous discutons un peu avec le chef du village et un homme qui parle un peu anglais. Ils vivent de la pêche, de leur récolte de riz. Il n'y a rien d'autre et depuis le coup d'état, il n'y a plus d'école car les fonctionnaires ne sont plus payés. On se sent un peu décalé dans ce contexte. Un peu plus loin au mouillage, plusieurs pêcheurs viennent nous proposer différents poissons, dont une belle carangue. On propose de l'argent, car pas grand chose à troquer. Mais les CFA ne semblent pas beaucoup l'intéresser. Deux aubergines, un pamplemousse et un large sourire vient éclairer son visage.

Nous traversons ensuite une zone à hauts-fonds, le passage des Macacoes, pour aller mouiller entre l'île de Jeta et le Rio de Pecau. C'est entre les bancs de sable que nous entendons les résultats du second tour en France... Un petit verre de cana citron pour fêter ça, Sarkozy, c'est fini!!!

Un bolon qui traverse presque complètement l'île de Jeta du nord au sud nous mène jusqu'au village de Bagongo. Nous nous avançons au maximum de la sonde et à marée basse, nous voyons le bolon qui découvre complètement. Nous nous traînons depuis le Sénégal et un petit carénage serait bienvenu. Nous installons les béquilles, et posons le bateau sur le banc de sable, où les femmes viennent pêcher au filet à la marée à peine montante. Touva a une belle chevelure sous marine, nous trimballions une vrai aquarium vivant, berniques, algues...
Le village proche est entouré d'une forêt immense d'anarcadiers. Nous sommes en pleine récolte des pommes de cajou. Les femmes pressent la pomme pour en faire du jus (délicieux) qui se transformera en bière de cajou (un peu plus spécial). On sépare la noix pour la griller et la vendre à la côte pour exportation. La Guinée Bissau est le 6e producteur de cajou au monde. Dans la forêt et le village, ça sent la pomme fermentée, avec des odeurs d'automne de chez nous. Au retour, la marée est basse, et nous devons porter l'annexe dans la vase, jusque un petit cour d'eau, qui nous mène, à la rame, jusqu'au bateau, entourés de guépiers en vols, d'aigrette, de martin pêcheurs en pêche.

Bijagos
Caraxe - Enu
La carène bien lisse, nous quittons Jeta avec la marée descendante. Les courants sont forts et pour économiser le gazoil et du temps, il faut prendre la marée dans le bon sens, s'arrêter à la sortie du bolon  pour attendre une montante, puis une autre descendante plus loin...Du sud de l'île, nous pouvons naviguer en une journée jusqu'à l'archipel des Bijagos. Nous atteignons l'île de Caraxe, mais le mouillage est si éloigné de la côte que nous ne pouvons pas y débarquer avec de tel courants et notre petit moteur 2CV.
Les eaux frétillent de poissons, dont nombreux poisssons trompettes ou petites aiguillettes. Nous pêchons un poisson ventouse (rémora), très bizarre, mais le relâchons. Ce poisson n'est pas fameux parait-il, plein d'arrêtes. On pêchera plus tard un gros barracuda, des thazards.

Dans les Bijagos, il faut suivre les chenaux avec du fond qui font de jolis détours entre les îles. Les cartes trop peu précises, incomplètes, ne permettent pas d'imaginer des raccourcis, par des fonds qui sont de sables, de vase, de coquillages, ou de roches... Nous contournons la petite île de Cute, longeons Uno par le nord, et nous nous arrêtons à Enu, près de la pointe sud-est. L'île de Enu n'est pas habitée. Dans la petite crique où nous débarquons, nous trouvons juste une petite cabane qui sert occasionnellement aux récolteurs d'huile de palme. Les chemins qui longent chaque côté de l'île pour accéder aux palmiers ne sont pas très francs, et nous rebroussons chemin. Nous y voyons beaucoup d'oiseaux et un serpent qui part se cacher rapidement. De nombreuses espèces de serpents sont répertoriées aux Bijagos, dont de très dangereux comme le python, le cobra, ou encore  la vipère du Gabon ou le mamba vert dont la morsure est mortelle.
Formosa 
Nous posons l'ancre entre l'est de l'île de Formosa et l'île de Manassa juste derrière les bouillons formés par le courant. Nous sommes sur le passage des ibis sacrés, qui traversent le bolons par dizaines à la nuit tombante, attendant les retardataires en vol. Le sentier que nous trouvons à cet endroit est très clair, mais à deux reprises nous voyons des fétiches de pailles, coquillages, bois. On nous avait prévenu qu'il peut être mal venu d'empunter ce genre de sentier et de traverser ces lieux sacrés. Nous préférons donc faire demi-tour. Nous trouverons un autre mouillage un peu plus loin d'où un sentier encore plus large mène au village d'Abu. Nous sommes dans une zone de réserve naturelle. La pêche y est interdite pour le commerce mais autorisée pour la subsistance des locaux. Le village de Abu est entouré aussi d'anarcadiers et l'intérieur du village est plein de manguiers. Elles tombent en ce moment à profusion. Aucun problème pour en remplir un sac à ramener au bateau. De gros cumulus se forment, la pluie menace. Et le soir, passe notre premier orage. 30 nœuds de vent, puis des éclairs une bonne partie de la nuit, avec vent soutenu.

Bubaque- Rubane
Les réserves d'eau, de gazoil, de vivres fraîches se font pauvres et nous devons rejoindre un peu plus de civilisation, la capitale des Bijagos: Bubaque. Nous mouillons à l'Ouest de Bubaque, avant le canal del Fundeo, devant la plage. Les autres mouillages à Bubaque sont difficiles, trop de fond (20 à 30 mètres, courants de 7 noeuds, récifs...).  Nous apercevons le bateau rouge de Katanka, avec qui nous nous suivons par escales depuis les Canaries et le Sénégal, au mouillage sur l'île d'en face à Rubane. Nous allons les rejoindre devant le campement de pêche chez Bob.  Le tourisme aux Bijagos a un certain coût. Ceux qui viennent pour la pêche au gros ne lésine pas sur le porte-monnaie pour payer l'avion jusqu'en Guinée, navette rapide avec 400 CV, bateau tous les jours, une vingtaine de rapalas perdus, le campement. Le décalage avec Bubaque est énorme et un peu choquant. La ville est pauvre, les bâtiments sont dégradés, les locaux mangent du riz à l'huile de palme, avec parfois du poisson quand il y en a. L'île de Rubane est très belle, bordée de plages de sable blanc et de petits villages. A notre arrivée à Rubane, Bob nous conseille d'aller rendre visite aux officiels, car ceux-ci le bombardent d'appels.

Nous descendons à Bubaque avec sa pirogue, profitons de faire du gazoil et allons voir le capitaine du port, accompagné de la douane, la police et la sécurité. Tous les quatre veulent visiter le bateau et demande 5000 chacun. De plus, comme ils n'ont pas de bateau de service, il faut leur payer la pirogue pour venir! Nous appelons Zina à Cacheu qui nous avait tapé notre permis de navigation à la machine (eh oui, au moins quand il n'y a pas d'électricité, ça marche!), et qui nous avait dit de ne rien payer de plus. Elle confirme. Le capitaine est vexé, rentre chez lui. Tous contredisent Zina, Cacheu, c'est une autre région, ce ne sont pas les mêmes lois. Ah Bon? Eh oui, c'est la Guinée Bissau! Ces discussions prennent toute la journée, nous refusons de payer, ils bloquent toutes les pirogues qui veulent nous ramener, et à moins de monter au sommet (difficile de le trouver par les temps qui courent...), nous devons payer. Cet accueil ne donne pas envie de rester traîner à Bubaque, quelques courses rapides au marché, gazoil et passons.

A Rubane, nous prenons encore un orage à la nuit tombante, plus fort cette fois. Au moment de relever l'ancre pour partir vers le sud de l'archipel, nous remarquons que six maillons de la chaîne sont rompus et ouverts. Marc du campement nous ressoude les maillons de la chaine que nous utiliseront maintenant en mouillage secondaire. L'ancien secondaire redevient le principal en attendant de trouver une autre chaîne.






Les îles du sud Jao Viera - Meio - Orango

A Jao Viera, on pose l'ancre entre la côte et un grand banc de sable. L'île n'est habitée que de Claude, pêcheur de Pornic qui s'est installé à Jao Viera il y a 15 ans pour pêcher et qui y a basé un campement, depuis que la zone est protégée parc naturel et que la pêche commerciale y est interdite. Des gens de Canhabaque (aussi nommée Roxa) viennent y récolter les fruits et le vin de palme. Plus tard, ils viendront à 300 cultiver le riz. Mais cette année, à Canhabaque, c'est une année de cérémonies. Il n'y en a pas eu depuis trois ans et les cérémonies durent trois mois dans la forêt. Les jeunes ne veulent plus suivre les traditions ancestrales selon lesquelles l'homme doit pour son initiation partir vivre dans la forêt pendant huit ans, sans objet moderne, sans moustiquaire, quitter sa femme, remettre ses enfants à un ancien... Un ministre guinéen serait venu sur Canhabaque et aurait déclarer qu'il faut cesser les rituels et les sacrifices humains. L'île de Jao Viera est magnifique. Toute la côte est une plage de sable fin. L'intérieur de l'île est une forêt impénétrable.






L'île de Meio, un peu plus au sud est encore plus belle, les arbres plus grand. Nous ne rencontrons personne car il est difficile d'accéder au village à marée haute. Les habitants ont brûlé des terres pour la culture du riz. On trouve sur la plage des carapaces de tortues qui viennent pondre ici.




Nous savons que la saison des pluies devrait bientôt se renforcer, nous ne pouvons donc pas trop traîner. Nous filons vers Orango. Ces îles (Orango, Orangozinho, Ménèque, Inbone) sont séparées de bolons, qui donnent envie de s'aventurer dans chacun d'eux. Nous continuons entre Inbone et Orango, jusqu'au milieu de l'île d'Orango. Il semblerait même qu'on peut la traverser totalement. Nous ne croisons personne. Ces îles sont réputées pour être l'habitat d'hyppopotames d'eau salée, les seuls au monde. Il nous semble reconnaître des traces dans la vase mais nous n'en voyons pas. Pour cela, il faudrait rester ainsi dans les bolons plusieurs jours ou semaines. Pas de crocodiles non plus, mais des singes qui viennent à marée basse manger les petits crabes, des poissons en profusion qui sautent autour du bateau pour fuir un plus gros qui cherche à le croquer, des oiseaux. Ces îles du sud sont aussi magnifiques, entre bolons, mangroves et plages de sable blanc. Un requin cherche à nous attaquer, mais nous esquivons le danger....


Bubaque - Formosa - Caravela
Nous repassons à Bubaque faire la sortie police du territoire. Au poste de police, le chef régional de la police ne nous demande pas d'argent. En parlant de nos soucis à l'arrivée, celui-ci nous confirme les dires de Cacheu. Nous devions les laisser visiter le bateau mais rien payer de plus. Les lois sont les mêmes pour tout le pays, et il ont menti. Merci pour l'information, la prochaine fois, nous irons voir la police !
Nous repartons pour Formosa et son mouillage dans le bolon aux ibis sacrés par l'ouest de Rubane, par très peu de fond, mais plein de tortues qui montrent leur tête le temps d'une respiration.
Le ciel se charge et très vite, un gros cumulus se gonfle, se gonfle, présente un rouleau, très mauvais signe. A peine le temps de mettre le tourmentin à poste, d'enfiler les vestes de quart, salopette, bottes; le vent se lève à 35 nœuds et le gros cumulus déverse son vent sur nous. Pas d'éclair, mais un gros grain, qui passe très vite. Bon décidément, il est temps de quitter les Bijagos. Nous arrivons au mouillage de Formosa dans le bolon où nous avions déjà posé l'ancre, à la tombée de la nuit. Le lendemain, on repart avec la fin de montante en longeant Formosa et Maio, pour entrer dans le canal de Geba direction Caravela.
A Caravela, nous mouillons devant la Baia de Escaramuca avec un temps correct mais le mouillage est rouleur. Le lendemain, nous longeons la plage à la recherche d'un sentier. On trouve facilement des petits chemins autour des palmiers ronniers, utilisés par les locaux pour la récolte du vin de palme et des fruits du palmier qui donnent de l'huile. Mais pour trouver un sentier qui mène à un village ou qui permette de s'aventurer davantage dans les îles, c'est un coup de chance. Nous en trouvons un, qui conduit dans la forêt de palmiers, brûlée par parcelles pour la préparation de la culture du riz. Puis nous entrons dans une forêt sublime de majestueux fromagers, aérée, facilement praticable. La communication avec les deux hommes et la femme croisés sur notre chemin est difficile. Ils demandent tous à manger ou un cadeau, un vêtement. Nous n'avons pas grand chose avec nous. Ils parlent un créole très éloigné du portugais et emprunt bien plus au langage bijago. Ils vont dans la forêt pour les palmiers, couper du bois. Le chemin conduit à un village, mais nous n'osons pas y rentrer.

Les bijagos vivent dans les terres et on a un peu l'impression de faire nos voyeurs en nous introduisant dans ces villages où ils n'ont pas grand chose pour vivre. De plus, ils ne comprennent pas notre présence. D'où venez-vous ? Où allez-vous ? Qu'est-ce que vous cherchez ? Nous ne sommes pas vraiment invités à entrer dans leur lieu de vie et peut-être ce comportement est lié à l'histoire. Les bijagos, guerriers insoumis se sont finalement fait massacrés par les blancs. Passer en bateau ne les dérange pas, la mer est à tout le monde. Mais les terres sont à eux. Nous repartons dans l'après-midi pour le Sénégal, en tirant des bords contre le vent et le courant qui nous aspire vers la côte guinéenne. Nous entrons finalement en Casamance avec la marée pour dormir à Nikine, notre mouillage à l'entrée de Casamance.
Bignona, le bateau de pêche d'Elinkine passe à côté avec de grands bonjours, ça va.... Ah nous sommes en Casamance, pays du sourire et de la bienvenue. Kassoumaye!

Retour en Casamance
Nous préparons le bateau pour le laisser dans la mangrove quelques temps et rentrer en France. Touva est dans son repère de pirates, à l'abri des palétuviers, sous le regard des habitants du village d'à côté.

Quelques images d'Elinkine...




* Pour plus d'informations concernant les mouillages et la navigation en Guinée Bissau, voir le pdf à télécharger et les traces dans la page "notes et traces".



24 avril 2012

Casamance suite

Nous quittons Ziguinchor le 3 avril pour remonter la Casamance. Dans la montante pour Zinguinchor, on peut compter 4 heures de marée de plus. Mais dans l'autre sens, la descendante est plus courte. Nous prenons un bolon sur la rive sud avant la pointe Saint-Georges et atteignons Djiromaït.

Djiromaït
Djiromaït est composé de quatre quartiers séparés de rizières sur le bord du bolon. Le dernier quartier est le plus ancien. Boubacar le pêcheur nous envoie poser l'ancre dans un petit bolon derrière ce quartier. Près de Djiromaït, un hôtel immense a été construit par un sénégalais qui aurait profité de faveur pécuniaires d'Abdou Diouf. Mais l'idée était en fait de construire un maison de retraite pour les vieux jours de riches japonais. Les anciens ont refusé, ce n'est pas possible de bâtir un mouroir au Sénégal. Finalement, la rive a été déforestée, l'eau du bolon est montée, les cases sur la rive ont été inondées, l'hôtel est vide.
Boubacar nous offre du poisson, et nous lui achetons des crevettes fraîchement pêchées la nuit.




Les dauphins viennent saluer. Ils restent longtemps sous l'eau, qui, très trouble, ne permet pas de voir leur direction. Puis ils repartent chasser dans les entrées de bolons.
Ehidj
Passé la pointe Saint-Georges, on repasse devant Elinkine, jusque Ehidj. Le village est sur une petite élévation de terre, entouré de cocotiers. Après les démonstrations de pêche de Simon à Djiromaït, Sylvain confectionne une petite ligne avec deux hameçons, des petits bouts de crevettes: 3 poissons chats et une petit lotte, le bolon est plein de poissons. Le poisson chat fait des sons quand on le sort de l'eau. Il faut savoir le prendre car ses dorsales sont comme des harpons qu'on ne peut que difficilement retirer s'il les plante dans la peau. Nous cherchons des pêcheurs qui puissent nous indiquer comment remonter au plus près de Djembering pour aller au festival des rizières. Au village, nous ne rencontrons que des femmes et des enfants. Les hommes sont en mer à la pêche, en brousse à la récolte du vin de palme. Les filles sont occupées à leur coiffure, tresses stylisées ou classiques, Pâques approche et tous se préparent pour cette fête importante dans les villages catholiques. Les chrétiens au Sénégal ont gardés en même temps la croyance des fétiches. Ils sont initiés au bois sacré. En arrivant à Ehidj, on sait vite qu'on est dans un village catholique, au nombre de cochons élevés.
Katakalousse - Djembering
Les femmes nous conseillent tout de même de nous rendre à Katakalousse, près du pont, où on peut trouver des bus et taxi brousse pour aller à Cap Skirring, et de là à Djembering. Allez en voiture!

A Cap Skirring, l'aéroport, les plages ont permis un développement du tourisme et une concentration d'hôtel. Pas grand chose à y voir, on continue vers Djembering et on arrive pour le début des combats de lutte. Tout d'abord, les lutteurs se réunissent pour danser et chanter, avec démonstration de force.


Tout le village est assis sous les fromagers et autour de la piste pour les combats. Les tout petit luttent aussi, et les gars, jusqu'au mariage. Après fiançailles, les hommes cessent de lutter. La lutte est aussi un moyen de montrer son habilité auprès de femmes, qui font bien sûr partie du public.






Ourong
A Katakalousse, nous discutons avec Yamar, qui est jardinier dans un hôtel. Il nous invite au mariage dans sa famille, à Ourong. Son frère, de religion musulmane, se marie à une catholique. Avant le mariage, la famille offre du vin de palme à la famille catholique, signe de demande en mariage. Commencent alors les négociations de la dote, et on fixe la date du mariage. La fiancée quitte la maison familiale pour avancer pas à pas, très lentement vers la maison de la famille du mari, où elle va vivre. Cette procession dure toute la nuit ( même pour quelques 500 mètres). Elle est remise à son mari, sa virginité est vérifiée au drap blanc ( ou pas... la tradition se perd!). Puis la mariée doit laver le linge avec la soeur du mari. Si la femme lave plus vite, elle aura des filles (préférable pour la femme et l'aider dans les tâches quotidiennes). Si la soeur du mari lave plus vite, elle aura des garçons (préférable pour l'homme et le travail).


Enfin, le village se réunit. Les femmes sont habillées de leur plus beau boubou. Pour les premières danses, elles ont des tenues de même tissu, pour reconnaître les quartiers ou les familles. Elles tapent sur de petits bouts de bois pour accompagner les joueur de tam tam. Un saxophoniste suit les femmes, reproduit les airs des chansons qu'elles entonnent pendant des heures.
Les chants et les danses sont tout d'abord assez lents, puis le rythme s'accélère. Chaque femme vient dans le cercle.


Et le lendemain, des nouvelles fiançailles, on remet ça...








La fiancée est émue, surtout quand les gens du village apporte des paniers, pour signifier qu'elle vend bien le poisson de son père à la ville d'Oussouye, et des ustensiles de cuisine pour la féliciter de ses talents de cuisinière.


et même les bébés dansent sur le dos quand la mère ne tient plus et va frénétiquement remuer tout son corps avec conviction. 
Nous quittons Ourong qui fait encore sonner le tam tam pour retourner dans le fleuve, jusque Nioumoune. Au niveau d'Elinkine, nous passons devant la police maritime, qui nous fait de grands gestes que nous prenons pour des salutations. Nous saluons de même et continuons notre chemin. Un peu plus loin, au niveau de Karabane, un petit bateau à moteur nous rejoint avec trois hommes et kalachnikov, quelque peu énervés: "les papiers! passeport! le commandant veut vous voir!". Bref, nous retournons à Elinkine voir le commandant. "J'ai failli vous tirer dessus! Vous avez frodé, là. Moi je vais vous garder ici la nuit, nous alons fouiller le bateau! La prochaine fois que vous passez, là, je vous le dis, je vous tire dessus." Bon, ça s'arrange, on ne savait pas qu'il fallait s'arrêter, on dira aux autres voiliers de s'arrêter. ça part à la rigolade et nous laisse aller. En fait, le bolon au sud d'Elinkine est la route de la Guinée-Bissau, grosse plaque tournante du trafic de drogue. Toutes les pirogues se présentent avec leur cahier de circulation au poste de la police maritime. 

Nioumoune - Eringa
Finalement Nioumoune. Beaucoup de voiliers en parlent, certains sont restés ici plusieurs mois, voir plus. Tout y est paisible et Touva se glisse dans le décor. Les habitants sont habitués au toubab marin et sont ravis de voir un voilier arriver; l'espèce se fait de plus en plus rare. On achète des cocos à Adrien, le récolteur de vin de palme, qui fait tout les jours une heure de marche pour aller grimper aux palmiers, puis une autre heure retour. Il faut changer régulièrement de palmier ronnier pour récolter. On taille dans le tronc pour récolter la sève. Ces entailles permettent au palmier de grandir. Ce vin se garde à peine quelques jours. On mélange le frais avec celui de la veille. On en offre au mariage, au baptême, pour remercier quelqu'un de ses services, aux funérailles... Les habitants de Nioumoune se préparent pour la saison des pluies. Les toits de paille seront changés avant juillet et les femmes partent moissonner.

Justin va embarquer avec nous pour nous mener jusqu'au campement de Eringa, chez Yves et Soso. Eringa veut dire débarquement. C'est l'endroit où les pirogues viennent décharger pour le village de Haer, qui se trouve à une demi-heure de marche du bolon, à travers la brousse, la savane, les rizières. Le coin est rempli d'oiseaux. Une majorité des espèces recensée sur la Casamance est présente dans un rayon de 500 mètres autour d'Eringa. Il y a des bancs de sables à l'entrée du bolon mais avec les traces ou accompagné, ça passe. Sinon, sur les cartes électronique, le bolon n'est même pas indiqué!



touraco gris

guépier à gorge blanche
 Retour à Elinkine
 Et le temps passe au Sénégal, mais nous cogitons à la suite du parcours. Pour des questions de logistique, d'autorisation ici au Sénégal ou sur la suite du parcours, et parce que tout le monde dit que c'est très beau, nous décidons de faire cap sur les îles Bijagos en Guinée Bissau. Il nous faut donc faire un visa à Ziguinchor et préparer le bateau. Nous reviendrons le laisser au Sénégal cet été pour faire un tour en France. Nous pourrons donc prendre plus de temps au Cap Vert à l'automne pour une traversée sous les alizés.



route depuis le siné saloum

routes en Casamance et ci-dessous plus détaillées ( on peut les agrandir en cliquant dessus)




 
PS: merci Ludivine pour la photo sous voile...
prochain message après le deuxième tour...

* Voir aussi pdf à télécharger "notes de navigation au Sénégal de Touva" et les traces dans la page "notes et traces"